Soutenir un esprit d'entreprise axé sur un objectif

Dans le cadre de son projet « BCDI 2030 » ( bourse ), le Collège Montmorency s'attaque à la pénurie d'orthésistes et de prothésistes qualifiés au Sénégal, tout en formant de futurs entrepreneurs.

Lorsqu’un groupe d’orthésistes et de prothésistes sénégalais est arrivé au Collège Montmorency à l’automne 2025 pour suivre une formation spécialisée de quatre mois, ils s’attendaient à acquérir de nouvelles connaissances, à renforcer leur confiance en eux et à approfondir leur expertise technique.

Ce à quoi ils ne s’attendaient pas, c’était de rentrer chez eux avec bien plus encore : un sentiment d’appartenance à une communauté, un esprit d’entreprise et une nouvelle vision de leur avenir.

La cohorte était composé de huit jeunes diplômées et diplômés de l’Institut supérieur d’études paramédicales de Mbour (ISEM), la première et unique école au Sénégal offrant une formation professionnelle et technique en conception, fabrication et adaptation  d’orthèses et de prothèses.   

Financé par Affaires mondiales Canada dans le cadre du programme Bourses canadiennes de développement international 2030 (BCDI 2030), le partenariat entre l’ISEM et le Collège Montmorency visait à renforcer les capacités locales au Sénégal. Au terme de plus de 350 heures de formation, les boursières et boursiers ont obtenu une certification collégiale en techniques d'orthèses, prothèses et soins orthopédiques.

Cette initiative s'appuie sur les plus de 30 ans d'expérience du Collège Montmorency dans la collaboration avec les pays en développement, notamment par le biais d'échanges d'étudiantes et d’étudiants, d'initiatives de formation et de projets de transfert de connaissances.

Mais le programme BCDI 2030 se distingue par une orientation unique : il met l'accent sur le renforcement de l'employabilité des boursières et boursiers dans leur pays d'origine.

Lors de discussions avec l’ISEM, l’équipe du Collège Montmorency a appris que les opportunités d’emploi dans le domaine des prothèses et des orthèses au Sénégal sont limitées, en particulier dans le secteur public.

« Cette réalité nous a poussés à penser différemment », explique Simon Morin, conseiller pédagogique pour les projets internationaux au Collège Montmorency et responsable du projet.

Parallèlement à la formation technique, le programme comprenait donc des modules consacrés à l’entrepreneuriat et à l’élaboration d’un « projet de retour au pays » sous la forme d’un dossier de création d’entreprise. Plutôt que de se disputer un petit nombre de postes dans la fonction publique, les boursiers étaient encouragés à imaginer comment ils pourraient créer des opportunités pour eux-mêmes et pour leurs communautés.
Cette idée a nécessité un certain travail de persuasion.

« Il ne s’agissait pas seulement d’éveiller leur esprit d’entreprise… mais aussi de changer leur état d’esprit », explique Anissa Kherrati, consultante et formatrice en entrepreneuriat et leadership féminin. « Quand les gens entendent le mot “entrepreneur”, ils pensent souvent au capitalisme ou à l’argent. »

Mais les boursières et les boursiers sont motivés par le désir d’aider les autres, a-t-elle précisé.

Une partie du rôle du collège consistait à leur montrer que l’entrepreneuriat peut être ancré dans le service. En travaillant ensemble, ils pouvaient construire quelque chose de collectif qui améliorerait l’accès aux soins dans tout le pays — avec l’avantage supplémentaire d’une plus grande autonomie et flexibilité que ce qu’ils pourraient trouver dans le secteur public.

Au fur et à mesure que le projet avançait, il est apparu clairement que les boursières et boursiers auraient besoin d’un soutien continu une fois au Sénégal — non seulement pour affiner leurs idées, mais aussi pour acquérir la confiance nécessaire pour les concrétiser.

Le collège a adapté le projet pour y inclure six mois supplémentaires de mentorat et d’accompagnement.

Ce mentorat supplémentaire était facultatif, mais les boursières et boursiers l’ont adopté sans réserve.

« L’esprit d’entreprise canadien a renforcé ma détermination à répondre aux besoins des personnes en situation de handicap au Sénégal », confirme l’un des boursiers, Sydney Constantino Suwa Manga.

Peu après leur retour au pays, le groupe a contacté Mme Kherrati pour obtenir de l’aide dans le cadre du lancement officiel d’une coopérative. Elle les rencontre désormais chaque semaine via Teams ou WhatsApp, les aidant à s’y retrouver dans tous les domaines, des réglementations et procédures administratives à la recherche de solutions aux défis quotidiens.

Officiellement, cette aide a pris fin en juin 2026. Mais officieusement ? Elle restera en contact.

« C'est mon bébé », dit-elle en riant.

La coopérative qu’ils ont créée — SenOrthoVision — reflète l’esprit du projet BCDI 2030. « Sen » fait référence au Sénégal et signifie également « ensemble » en wolof, la lingua franca du pays.

SenOrthoVision prévoit trois axes d'action : les services cliniques, la formation et la sensibilisation. Le groupe développe également un modèle de clinique mobile afin d'apporter une expertise technique spécialisée aux communautés isolées.

L'impact du projet s'est déjà étendu bien au-delà des huit boursières et boursiers.

L'accueil du groupe sur le campus a mobilisé le corps enseignant, le personnel et les étudiantes et étudiants de l'ensemble du département. Les jeunes professeures et professeurs ont acquis une précieuse expérience pédagogique, tandis que les étudiantes et étudiants canadien.ennes ont découvert de nouvelles perspectives internationales sur leur profession.

« Dans certains cas, cela a renforcé la passion de nos étudiantes et étudiants pour leurs études et leur profession », a fait remarquer un membre du corps enseignant.

Cette initiative s'inscrivait également dans la droite ligne de la vision stratégique du Collège Montmorency, qui consiste à être « un acteur du changement et du progrès social » en participant à des projets collectifs contribuant au développement durable.

Plus largement, elle a incité le collège à repenser certains aspects de son programme international. Au-delà de la formation technique, elle a démontré l’importance de doter les boursières et boursiers des outils, de la confiance et des systèmes de soutien nécessaires pour instaurer un changement durable une fois de retour dans leur pays.

Pour les huit boursières et boursiers à l’origine de SenOrthoVision, le voyage ne s’est pas terminé lorsqu’ils ont pris l’avion pour rentrer au Sénégal.

À bien des égards, ce n'était que le début.

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